ARTFORMUTATIONS

20 décembre 2017
ARTFORMUTATIONS is the closing event of a French national four-year research project on the theme:  "Art and Critical Mutations: what...
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12/05/2015

LE DETAIL DU GROUPE "LUTTES" DE l'ANR ABRIR

Problématique

Le but de cette étude est d’exposer une réflexion sur l’intervention de l’art dans la lutte ouvrière plus particulièrement, dans des situations aussi tendues voire extrêmes que celles de occupations des usines dans le cadre de restructurations lourdes menaçant les vies sociales et personnelles de nombreuses personnes ainsi que des bassins d’emploi. Nous proposons d’examiner le cas de lutte ouvrière et d’analyser d’une façon critique les différentes démarches créatives qui sont nées à partir de ces cas, les représentations de la lutte offertes par ces différents types d’œuvres (chansons, films, photographie, théâtre) ainsi que leur processus de création. Il s’agit d’explorer l’articulation entre l’art et la lutte ouvrière dans le temps.

Quels rôles jouent les démarches artistiques dans la lutte ouvrière ?

Que produisent les démarches créatives dans le temps de l’action et a posteriori : en termes d’expérience vécue/ réception par les salariées et pour les intervenants de ces démarches ?

Comment et sous quelles conditions les œuvres d’art constituent/deviennent-t- elles une pièce/outil dans le répertoire d’actions des acteurs sociaux et de la lutte?

Objet d’étude

Afin de répondre à ces questions, une démarche a plusieurs entrées a été conçue.

A - Une étude du "cas" de la mutation critique de l'entreprise Lejaby, plus précisément de la lutte contre la fermeture du site d’Yssingeaux, emblématique d'un cas de restructuration majeure, de luttes et de résistances, mais aussi du rôle des femmes dans ce processus.

B - L’analyse des différents œuvres produites par plusieurs artistes pendant et après le conflit (chansons, blog, film documentaire, photos, film fiction, pièce de théâtre) et de la posture des artistes qui y ont contribué.

  1. Chansons

Lors de l’occupation de l’usine et du conflit, les ouvrières de Lejaby à Yssingeaux ont créé plusieurs chansons. Ces chansons « allaient avec les épisodes » et permettaient d’animer le conflit, créer une dynamique collective. Le répertoire de chansons était large, ces chansons en disaient beaucoup, non seulement de ce qu’a produit la mobilisation chez les ouvrières, mais aussi de l’histoire des salaries, de leur vie dans l’usine, des liens entre elles. Surtout, ces chansons permettaient de dénoncer le pouvoir publique et pointer leur mécontentement en termes émotionnelles. Tous les politiques qui sont venus ont eu droit au répertoire, ceux qui étaient en face, écoutaient les paroles…

Quelques titres :

« Monsieur le Président, je fais une lettre »

« Que notre usine est belle »

« Les enfoirés »


15 - Lejaby- Je connais la chanson par Carnetdebord-Lejaby

  1. Blog/ Chronique de la lutte sur libération

Depuis octobre 2011, M. Blumental décide de suivre les premières mobilisations des femmes de Lejaby à Yssingeaux et puis en 2012, quand le conflit a démarré, elle est venue soutenir la lutte des femmes-ouvrières. Artiste engagé, Michèle rejoint le conflit et démarrage par une chronique/ carnet de bord sur daily motion. Puis, une journaliste du journal Libération lui propose de faire une chronique dans Libé, mais elle suggère que ça devienne la chronique des salaries et de l’écrire ensemble.

Le principe d’écriture adopté, celui du « Carnet de bord » est simple : Chaque jour, elle filme, interview les protagonistes sur place, essentiellement les ouvrières et ouvriers, et rédige un texte avec eux, à destination du site Internet du journal Libération, avec des extraits vidéos sans montage et des images brutes du quotidien de l’occupation de l’usine. A cette intention, un blog est créé sur le site de Libération, intitulé Lejaby, les dessous d’un conflit. Les vidéos, sont déposées sur le site de Dailymotion  (intitulé Carnet debord-Lejaby), et mises en liens sur le blog Libération.

A travers ce blog on peut revivre le conflit de Lejaby et entendre le témoignage des femmes par rapport à la lutte. A travers de récits de vie on découvre les histoires individuelles qui racontent l’histoire sociale. De cette manière on peut garder une trace pour l'histoire de la région. L’action du blog permet un questionnement sur la manière comment des actions artistiques peuvent servir à la cause politique et aux acteurs qui la propulsent.

http://lejaby.blogs.liberation.fr/2012/06/29/gare-aux-ragots/

  1. Film documentaire : « Lejaby le desssous d’un conflit »

Le projet du film documentaire de Michèle Blumental fait écho à la démarche du blog/carnet de bord. Ce documentaire (work in progress) permet de découvrir ce qui se fait lors de l’occupation de l’usine (faire les panneaux, faire les démarches les assemblés générales, aller dans des meetings à l’extérieur), on s’aperçoit qu’une occupation est très occupé. Le documentaire nous montre les moments d’intimité, les conflits, les tensions ainsi que les moments ordinaires des salaries dans leur usine. Le documentaire « Lejaby le dessous d’un conflit » permet de retracer l’histoire de Lejaby, pour l’histoire, pour garder une mémoire de lutte sociale et une trace de la fin d’une industrie dans la région.

Auteur : Michèle Blumental

http://cinesyncope.eklablog.fr/carnet-de-bord-video-a46661991

  1. Photographies

Lors du conflit de la fermeture de l’usine à Yssingeaux l’artiste Vincent Gautier  a photographié la lutte et la vie quotidienne des salariés. Son travail consistait à réaliser une série de photos emblématiques du « cri de colère ». Il s’agit d’une série de portraits en noir et blanc de 70 femmes, reproduits en grand format. Au-delà de photos, ce qui est intéressant est le processus d’élaboration de ces photographies, l’interaction entre les salariés et le photographe. Ces photos raccrochées en hauteur sur le plafond de l’usine posent de questions sur l’utilisation de l’image pour servir la lutte et témoignent d’un moment historique.

http://vgpic.com/indexfeatures.html

  1. Petits Mains

Ce documentaire de Thomas Rousillon produit par Rouge Productions donne la parole aux ouvrières de la confection de lingerie fine fabriqué à Yssingeaux par la marque Lejaby. Le réalisateur Clermontois, a tourné le film dans les ateliers au moment de son occupation mais au contraire des autres artistes, il a choisi de ne pas filmer la lutte ou le conflit. Son choix a été de rendre hommage au travail de femmes, leur vécu et savoir-faire. Qu’est-ce que c’est 35 ans de travail à l’usine?

Avec un coté didactique, il nous raconte l’histoire du travail chez Lejaby à partir de plusieurs témoignages. Entre le documentaire et la fiction il nous amène à travers les différentes étapes de fabrication d’un soutien-gorge et nous permet de revisiter dans un fond musical un peu « taylorique »le travail à la chaine, la cadence et le rythme dans l’élaboration de la lingerie. Avec une grande finesse il témoigne de la vie de ces femmes dans leur atelier, dans leur intimité et aborde à travers les images de leurs gestes et leur corps le sujet des maladies de travail.

https://vimeo.com/110562738

http://www.rougeprod.fr/petites-mains/

  1. A plates Coutures

"A plates coutures " est une pièce de théâtre écrite par Carole Thibaut et mise en scène par  Claudine Van Beneden (Compagnie Nosferatu). Inspiré largement du combat Lejaby, cette œuvre parle non seulement de la lutte mais de  l'histoire intime et collective de ces femmes. Le travail d’écriture de Carole Thibaut est remarquable par l’aisance avec laquelle la fiction et le témoignage se mêlent pour nous amener dans un voyage sans logique temporelle (ordre chronologique) dans lequel par petits touches on découvre ce qui se joue dans le coulisses d’un conflit social où les emplois sont menacés. Surtout, nous découvrons ces femmes dans leur intimité profonde  et  dans leur histoire. Un travail de fond sur la musique a été effectué, la pièce est très rythmique se rapprochant parfois d’une comédie musicale.  Il y a une unité de lieu. Presque toutes les scènes se passent dans un atelier minimaliste, pour symboliser ce lieu comme leur maison et leur vie. Scéniquement le travail sur le corps et la reprise de gestes est magnifique.

A partir des allés retours dans le temps, la pièce dénonce la justification des décisions de fermeture, critique les délocalisations motivées par les coûts, le poids de chiffres dans les décisions sans souci du facteur humain. Dans la pièce, la lutte, est un sort de révélateur pour ces femmes, c’est un épisode qui déclenche un questionnement de soi et qui se vit comme une guerre interne.

A travers cette création, on peut cerner les réactions et les effets phycologiques des salaries vis à vis d’un annonce de fermeture (cerveau bloqué en mode sidération, flottement, sentiment d’être vaincues, colère, haine etc..), des effets que perdurèrent dans le temps, qui reviennent et restent. L’œuvre de Claudine et Carole nous montre l’impact de la lutte sur les familles et sur le rapport hommes femmes dans un couple.

Au-delà de la dénonciation de la justification, les effets et les réactions, la pièce montre aussi des moments de victoires collectives, permet de vivre des moments ordinaires de la vie des ouvrières et explique d’une manière très poétique comment un travail de courte durée devient une vie. A place coutures est une création sur le travail de femmes. Symboliquement, la pièce parle du courage et de la dignité du travail des ouvrières, revendique la capacité des femmes à accéder à d’autre type de connaissances et met en valeur leur capacité à réussir la lutte. Les rapports de clase (ouvrière et politique),  l’abus du pouvoir et les mauvaises conditions de travail sont aussi dénoncés.

En bref, A plates coutures est une œuvre qui dénonce les décisions et les justifications de fermetures. D’une manière très symbolique et poétique, la pièce apporte une connaissance fine et esthétique sur les effets (physiques, psychologiques, dans les familles) de fermetures et de la lutte des femmes. Entre la fiction et le témoignage, la pièce rendre hommage aux ouvrières de Lejaby et parle de leur vie dans l’atelier, de leur vie intimité, individuelle et collective.

https://vimeo.com/109788632

Actualité

Deux évènements auront lieu en 2015 avec débats croisés entre les chercheurs, les artistes, les syndicalistes, les salariés et les dirigeants, afin de réfléchir aux liens entre l’art et la lutte ouvrière :

  • le 19 mars : animation d'un débat après la représentation de la pièce « A plates Coutures » à Rilleux-la-Pape

  • 15-16 oct: journées transversales, séminaire dialogique ABRIR autour du cas Lejaby

Production

La rubrique sera complétée ultérieurement.

Références (corpus)

La rubrique sera complétée ultérieurement.