ARTFORMUTATIONS

20 décembre 2017
ARTFORMUTATIONS is the closing event of a French national four-year research project on the theme:  "Art and Critical Mutations: what...
Projet Abrir > Mondialisation

12/05/2015

DETAIL SUR LE GROUPE "MONDIALISATION" DE L'ANR ABRIR

Problématique

  • La question de la « résistance » : comment/pourquoi certains acteurs résistent à cette mutation en cours entre logique de terroir et logique de marque, mais aussi comment le film lui-même se fait « objet de résistance », se donnant à voir comme une alternative sensible à l'opposition marque-terroir. Le film donne en effet matériellement à expérimenter et sentir que mondialisation n’est pas forcément synonyme de standardisation, de langue anglaise, de souci du marché, de nouvelles technologies, d’expertise jargonnante… La forme filmique permet au spectateur de ressentir et penser l’inverse, soit un devenir mondial alternatif basé sur la singularité, le polyglottisme, le respect des cultures dans leur diversité, la pauvreté technologique, la modestie formelle…

  • Un autre chemin possible pour la mondialisation : C’est par le personnage de Jonathan Nossiter lui-même (le réalisateur) que s’incarne en grande partie cette mondialisation culturelle alternative. Nossiter est le personnage du film le plus « hybride » sur le plan culturel et professionnel. Sommelier devenu cinéaste, Nossiter mêle les questionnements sur le vin et le cinéma. Américain déraciné ayant vécu dans plusieurs pays, il apparaît à l’aise partout dans le monde, prenant soin de toujours parler la langue de son interlocuteur qu’il maîtrise parfaitement (outre l’anglais : le français, l’italien, l’espagnol et le portugais). La mondialisation culturelle made in Nossiter n’a donc pas grand-chose à voir avec celle promue par les tenants de la « marque ». A l’oubli du terroir au profit du marché mondial, il préfère la fidélité à un « terroir » cinématographique singulier, à l’esthétique fauchée et dérangeante, quelque part entre fiction bricolée et documentaire engagé. Au nomadisme « Parker-Rolland » qui applique le « même » partout, il substitue son propre nomadisme qui met en valeur les terroirs dans leurs singularités partout où il va. A l’hybridité destructrice (le terroir dé-terroirisé), il oppose une hybridité déstabilisatrice (le mélange des genres, des styles, des langues, des questionnements, entre vin et cinéma, nouveau et ancien mondes), donc créatrice. Face à l’excès de technicité qui noie le terroir, il revendique la pauvreté de ses moyens (son dispositif « pauvre » – petit budget, petite équipe – qui le place dans une manière très minoritaire de faire du cinéma grand public) et le caractère volontairement brouillon du filmage. A un contenu standardisé, facile à appréhender, à reconnaître et à apprécier, il substitue une œuvre subjective, engagée et polémique qui affiche ses préférences, ses choix personnels, tout en dévoilant ceux des autres. Ce faisant, il montre, en acte, un autre chemin possible pour la mondialisation : non pas l’uniformisation des pratiques sous l’effet de forces idéologiques globales, mais le voyage et la rencontre de terroirs qui savent conserver leur identité profonde.

  • Une réflexion épistémologique et méthodologique, le travail et la posture du cinéaste documentaire et du chercheur en sciences sociales ayant été souvent mis en parallèle. Mondovino s’engage en effet dans un double mouvement ouverture/fermeture, centrifuge/centripète : il donne à voir et à entendre la diversité des formes culturelles de production du vin et des discours, en même temps qu’il ferme en quelques sortes le débat par ses choix cinématographiques qui clairement désignent « résistants » et « collaborateurs ». Le film donne à entendre l’hétéroglossie du champ tout en imposant la voix du réalisateur sur celle des autres acteurs. Mais il ne le fait pas en masquant son point de vue subjectif derrière une approche prétendument « objective » de son sujet. Il revendique au contraire sa subjectivité, il montre qu’un film est en train de se faire, et de ce fait se désigne comme « une » parole parmi d’autres au sein d’un conflit discursif.

Objet d’étude

Mondovino (France, 2003), réalisé par Jonathan Nossiter.Bande annonce / trailer : https://www.youtube.com/watch?v=ET9xaj39mtg

Le film raconte comment certains acteurs du monde des grands crus résistent à la mutation d’une logique de production basée sur le « terroir » à une logique de « marque ». A travers les ressources du cinéma – donner à voir et à entendre ; créer des liens entre des éléments éloignés ou disjoints ; narrer, au sens d’établir des chaînes de causalité – le film cherche à donner une forme convaincante, claire et cohérente au phénomène de mondialisation en cours dans le monde du vin. Les logiques de terroir et de marque sont incarnées précisément, les acteurs positionnés dans l’une ou l’autre de ces deux formes en conflit, les mécanismes par lesquels certains acteurs entraînent cette mutation à leur profit sont dévoilés. Mondovino propose donc de montrer comment la mondialisation en cours, présentée comme inéluctable et bienfaitrice, est construite par certains acteurs agissant de concert pour leur propre intérêt, et comment/pourquoi d’autres acteurs résistent à cette mutation.

Actualité

Il n’y a pas d’actualité pour le groupe actuellement.

Références (corpus)

Berdot F. (2006), Le documentaire d’auteur et les sciences sociales, Communications, 80, « Filmer / chercher », 163-174.

Beuvelet O. (2012), Le goût du sujet dans Mondovino, l’éthique du cadre d’Alberti à Nossiter, Culture Visuelle, culturevisuelle.org/luciddreams/archives/333

Hassard J. et Holliday R. (eds.) (1998), Organization representation, Sage.

de Latour E. (2006), « Voir dans l’objet » : documentaire, fiction, anthropologie, Communications, 80, « Filmer / chercher », 183-198.

Niney, F. (2002). L’épreuve du réel à l’écran. Essai sur le principe de réalité documentaire. Bruxelles: De Boeck.

Nossiter J. (2007), Le goût et le pouvoir, Grasset.

Stewart J. (2012), Making globalization visible? The Oil assemblage, the work of sociology and the work of art, Cultural Sociology, 7, 3, 368-384.

Whiteman G. and Phillips N. (2008), The role of narrative fiction and semi fiction in Organizational Studies, The Sage handbook of new approaches in Management and Organization, edited by Barry D. and Hansen H., Sage, 288-299.